Les défis de la santé préventive en Afrique

L’accès aux soins de santé dans les pays en développement demeure une problématique préoccupante. Au lendemain des indépendances, plusieurs pays africains, dans une logique socialiste, décident de promouvoir un accès gratuit aux services publics, notamment aux services de santé. Cependant, la récession économique qui sévit dans les années 70 et 80, conduit les institutions internationales et les gouvernements à revoir leur système de fourniture gratuite des soins. C’est dans ce contexte que va naître l'initiative de Bamako de 1987, visant à libéraliser le système de santé africain en attribuant aux patients la pleine responsabilité de la couverture de leurs frais de santé. Pour les ménages les plus démunis, cette mesure a contribué à accentuer davantage leur pauvreté financière. Suite à cette initiative, près de 5 à 30 %  de personnes n’avaient toujours pas accès aux soins de santé en Afrique de l’Ouest. Comment peut-on expliquer cette situation ? 

Aussi loin que je me souvienne, je n’aimais pas les hôpitaux quand j’étais plus jeune. Je me rappelle qu'une fois j’avais très mal à la dent et je devais me rendre chez un dentiste. Entretemps, il fallait régler la facture du câble pour pouvoir avoir les chaînes de télévision. Vu qu’il y avait une série que j’aimais bien regarder à cette période-là, j’ai préféré demander l’argent du câble à mon père. Le lendemain, vu que mon mal persistait, je suis retournée voir mon père pour lui demander de l'argent pour me rendre à l’hôpital. Il s’est offusqué du fait que j’aie privilégié mon loisir à ma santé et m’a demandé d’attendre quelques jours car il n’avait plus d’argent.

Cette petite anecdote permet de mettre en lumière deux éléments : la priorisation des besoins et la vulnérabilité financière des familles. Comment ces deux facteurs influencent-ils le choix des individus de recourir à des services de santé?

Situation financière précaire

L’un des premiers défis de la santé préventive demeure la situation financière des populations. En 2015, le taux d’extrême pauvreté en Afrique subsaharienne, soit la proportion de personnes vivant avec moins de $1 par jour, était de ~40%, selon la Banque Mondiale. En effet, cette situation financière précaire joue un rôle déterminant dans l’accès aux soins de santé des populations de la région. Les faibles ressources financières que détiennent ces ménages doivent servir à assurer des dépenses de consommation finale telles que la santé mais aussi la nourriture, le logement, les vêtements, le transport, l’eau potable, l’électricité, et bien d’autres. Il est donc indispensable pour les ménages de prioriser leurs besoins et leurs dépenses selon l’urgence de la situation, conduisant à  une panoplie de réactions face aux problèmes de santé.

Négligence des premiers symptômes

Ensuite, la négligence des premiers symptômes représente également un frein à la santé préventive. En effet, le choix fréquent d’ignorer les premiers symptômes, en cas de maladie, est très répandu dans la plupart des pays africains. La maladie est considérée comme une douleur passagère qui va s’estomper avec le temps, le repos ou même l’oubli (Inshallah!). Cette situation peut durer plusieurs jours, voire plusieurs mois, sans une prise en charge adéquate. “Ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort”, diraient certains.

Quand finalement le mal commence à se faire persistant et brûlant, de nombreuses personnes choisissent encore d’y mettre le moins d’argent possible, faisant fi d’une visite médicale avec des spécialistes formés et s’orientant vers l’automédication. Dans cet élan, la plupart des ménages font recours aux médicaments vendus en pleine rue. Cette solution leur permet de soulager leur douleur, elle est moins coûteuse et est facilement accessible à tous. Cependant, la qualité et les conditions de conservation de ces médicaments ne sont pas toujours contrôlées et ils sont commercialisés sans notification sur la posologie ou les effets secondaires. De ce fait, le médicament prescrit peut avoir de lourdes conséquences sur l’état de santé général du patient en aggravant son mal plutôt que de le guérir.

Enfin, le recours à la médecine traditionnelle constitue aussi un obstacle à l’accès aux services de santé. Près de 80%  des ménages africains ont recours à la médecine traditionnelle, surtout dans les zones rurales. Ceci s’explique par la rareté des centres hospitaliers ou du personnel médical formé et la situation financière précaire des personnes concernées. Alors, en quoi consiste la médecine traditionnelle? En général, c’est une séance animée par des rites et prières, à la fin de laquelle le médecin traditionnel, souvent appelé “marabout” ou “charlatan”, prescrit au patient des décoctions. Ici aussi, l’absence d’un dosage et d’un contrôle de qualité rigoureux peuvent devenir des obstacles au rétablissement complet du patient.

En définitive, force est de constater que l’accès aux soins de santé est tributaire de la situation financière des populations. Le recours aux services de santé n’a lieu que quand la situation devient grave, voire critique. Ceci s’explique par le fait que les populations sont très peu éduquées sur les conséquences d’une négligence continue d’un état de santé branlant ou vivent dans des conditions financières très limitées. Les ménages les plus démunis sont contraints de prioriser leurs besoins en reléguant parfois la santé au second plan. Il apparaît donc important de sensibiliser les communautés sur la nécessité de se faire consulter régulièrement par un médecin habilité, afin d’éviter de se retrouver face à des cas graves de maladie qui engendreront à leur tour des dépenses encore plus conséquentes pour ces ménages vulnérables. C’est pourquoi KimboCare a souhaité s’engager auprès de ces populations en leur proposant une solution adaptée à leurs besoins et à leur situation financière.